
Municipales : pour Dominique Reynié, "la fonte de l'abstention du 1er tour sera la clé du scrutin"
Jean Noté | 04 juin 2020
Professeur à Sciences Po Paris et politologue, l’Aveyronnais Dominique Reynié livre son analyse à trois semaines du second tour des élections municipales. Il s’arrête notamment sur Montpellier, Perpignan et Toulouse.
Un second tour des municipales à forts enjeux
Les électeurs de 239 villes et villages de l’ex-Languedoc-Roussillon et de l’Aveyron se rendront aux urnes le dimanche 28 juin. Midi Libre fait le point ce dimanche en consacrant un dossier à ce scrutin.
15 mars-28 juin. Quinze semaines, soit cent cinq jours, séparent les deux tours des élections municipales. Du jamais vu ! Aussi ce second acte politique, imaginé pendant la période de l’état d’urgence sanitaire, constitue une équation à plusieurs inconnues. Quel va être le taux d’abstention ? Quel sera le profil des électeurs ? Comment seront ressentis les retraits, les alliances contre nature ?
Dans l’ex-Languedoc-Roussillon et l’Aveyron, 239 villes et villages sont concernés (53 dans l’Hérault, 47 dans le Gard, 18 en Lozère, 40 dans les Pyrénées-Orientales, 49 dans l’Aude et 32 en Aveyron).
Ce dimanche, à trois mois du jour J, Midi Libre analyse ce scrutin en donnant notamment la parole à la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, et au politique Dominique Reynié.
Comment voyez-vous le second tour du scrutin municipal ?
C’est un scrutin dont il faut souligner le caractère inédit. Il sera certes la conséquence du premier tour avec l’élimination de certaines listes mais il n’en sera pas le prolongement sur un plan politique car la période est trop longue depuis le 15 mars. Si le contexte reste le même, il peut être favorable au monde gouvernemental, dans lequel je mets l’opposition et tous les partis responsables, plutôt qu’aux contestataires.
Quel pourrait être le point clé de ce second tour ?
Ce sera l’évolution du taux de participation, c’est-à-dire la fonte de l’abstention du premier tour. Ce sont les anciens électeurs qui votent le plus. Vont-ils revenir ou pas ? S’ils reviennent, ce qui serait logique, ils vont modifier les résultats ce qui s’observera au niveau du score des listes protestataires ou des écologistes qui pourraient en pâtir.
Leur participation bouleversera absolument tout car il ne faut pas oublier que les réserves de voix sont dans l’abstention.
Quel regard portez-vous sur Montpellier et le coup de poker de Mohed Altrad ?
Les listes marginalisées par le premier tour n’ont pas d’autres choix que de tenter de rebondir d’une manière ou d’une autre.
Lors de ce second tour des municipales, en particulier en Occitanie, on va voir des alliances en tout genre, de toute sorte.
Pensez-vous que le “tout sauf Saurel” puisse fonctionner à Montpellier ?
Oui, cela peut marcher. Bien sûr. On n’a jamais senti au cours de la mandature que la Ville était bien prise. Cela laisse penser aux oppositions qu’il existe une opportunité à s’unir même quand on n’a pas des raisons de le faire pour faire tomber le détenteur du poste. Cette conjonction ne serait pas possible s’il n’y avait pas le sentiment que la municipalité actuelle est contestée.
Perpignan vit un nouveau duel Alliot-Pujol ? Va-t-on vers un même résultat ?
Comme c’est le remake, c’est plus risqué. Il devient plus difficile de répéter le mécanisme, la marche est beaucoup plus haute pour Pujol, son équipe et ses soutiens. Ils doivent amener de nombreux électeurs à les rejoindre en supposant que la crainte de Alliot sera assez grande et réelle pour servir de mobilisateur. C’était vrai en 2014. Est-ce que c’est vrai en 2020 ? J’en suis moins sûr. Et puis, il existe une espèce de climat régional avec l’effet Ménard.
Que diriez-vous du retrait de la liste PS au profit des écologistes à Toulouse ?
Cette opération se fait avec le pari qui suppose la dynamique écologique. Cela m’intéresse car je suis dubitatif sur la réalité de cette dynamique. Il n’est contestable qu’il existe une sensibilité environnementale forte, plus forte qu’avant, mais nous sommes aussi dans une période où beaucoup de monde attend la reprise, la croissance, le redémarrage de la consommation.
Pensez-vous que les électeurs obéissent toujours aux consignes de vote ?
Le désistement, le retrait, comme les appels à voter, ont une efficacité très relative. C’est un peu fini tout ça. C’est une époque révolue. Les électeurs font ce qu’ils veulent. Il n’y a plus cette fidélité aux partis, cette affiliation, cette loyauté durable.
Ce second tour est-il également un “premier tour” des régionales 2021 ?
Il y a une lecture à faire de ces élections municipales pour les régionales. Et ce même s’il y aura sans doute une forme de stabilité avec des maires sortants qui ont plus de chance d’être reconduits. Mais, il y aura des événements qui sont forts, comme à Montpellier, Perpignan ou Toulouse.
Ces alliances nouvelles peuvent-elles peser pour le scrutin régional ?
Cela me frappe à Nîmes et à Montpellier. Je pense que l’on est dans le même schéma qu’en 2016-2017, c’est-à-dire la déconstruction des systèmes d’alliances politiques classiques. On voit apparaître des alliances étonnantes parfois de bric et de broc, comme au lendemain des primaires PS et LR au moment des présidentielles.
Si cette déstructuration se confirme aux municipales, cela en dirait beaucoup de ce que seront ou pas les régionales. C’est nouveau.
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